La thérapie constructive par le dialogue et par l’action

Auteurs : Jean-Pierre Ancillotti & Catherine Coudray.

Editeur: Editions Ovadia-Les Paradigmes, Nice, 2006

Si ce livre s’adresse aux thérapeutes, aux professionnels de la relation d’aide, il s’adresse aussi, d’une manière plus générale, à ceux qui s’intéressent à la pratique du dialogue, c’est-à-dire à tous ceux qui recherchent une nouvelle façon d’être à soi, à l’Autre et au monde.

Évoquer la démarche constructive c’est d’abord parler d’une démarche, celle de deux thérapeutes qui ont élaboré puis évalué plus qu’un modèle, une pratique thérapeutique qui allie deux points de vue lorsqu’ils reçoivent ensemble des couples et des familles, leur apportant la richesse d’un double regard féminin et masculin. Il donne une portée pragmatique et efficace à des concepts fondamentaux de compréhension psychologique : liens d’attachement, résilience, jusque-là restés peu exploités dans le cadre thérapeutique.

Les auteurs soulignent l’importance de l’inscription de l’action dans le réel, et présentent des lignes d’intervention originales en décrivant les processus d’équilibration qui sont au cœur de la vie.

Comment mobilise-t-on ces ressources, cette cohérence que chacun de nous possède pour les mettre au service du « comment mieux être » ?

Ce dialogue constructif a une finalité : créer les conditions de l’apparition progressive de nouvelles perspectives pour les personnes qui consultent, autrement dit un « dessein ». L’action étant au centre de cette démarche, chaque séance de dialogue se conclut par une proposition d’expérience concrète, susceptible de faire émerger un nouveau point de vue ou éprouver un nouveau ressenti, et enrichir en retour l’échange thérapeutique.

Au fond, cet ouvrage décrit clairement – à l’aide d’exemples vécus – ce qui se passe au cours d’une thérapie constructive. Par leur démarche stimulante, nos auteurs illustrent le fait que tout être humain peut porter un regard neuf sur sa réalité, opérer de nouveaux choix, agir pour ne plus subir, tout en gardant pleinement le droit à son « jardin secret ».

Préface par Pierre Vermersch

Voilà un livre sérieux. Bien construit. Clair. Agréable à lire. Les auteurs y présent en tune pratique thérapeutique innovante : le dialogue constructif. Et le banc dans le jardin est la métaphore qu’ils ont choisie pour nous faire sentir la sérénité de ce type de dialogue.Métaphore vive, évocatrice de sensibilité, d’écoute respectueuse et de partage.

S’il y a deux auteurs, c’est qu’il y a aussi le choix délibéré d’un travail thérapeutique pratiqué par un couple – homme, femme – de thérapeutes. Clairement assumé, ce point de vue m’apparaît original et fondé sur de solides raisons techniques et humaines. En effet, avec ce dispositif, le dialogue est nourri par un double point de vue complémentaire,particulièrement rassurant dans une thérapie de couple : hommes et femmes sont rassérénés sur l’honnêteté et l’objectivité des intervenants. Ce double éclairage est précieux dans les thérapies familiales comme dans les thérapies individuelles.

Dans la première partie, sont présentées les bases théoriques de cette démarche, mais employer ce terme est trop limitatif, puisqu’il s’agit véritablement de la mise en place de fondations au sens fort du terme. Fondations dont je pressens qu’elles donneront de nouveaux développements dans d’autres ouvrages, pour lesquels celui-ci sert d’ouverture. À partir de ce concept de cohérence de la personne, les auteurs, avec beaucoup de soin,mettent en place toute l’épistémologie qui donne sens au dialogue constructif. En fait, la notion de cohérence qui pourrait sembler dans un premier temps banale ou peu précise,devient entre leurs mains une notion forte, structurante de l’écoute et des modes d’intervention. Elle est sans cesse reprise, étendue, appuyée sur de multiples cadres théoriques que ce soient ceux de la perspective piagétienne qui sous-tend les notions de constructivisme, d’équilibration, d’assimilation/accommodation, ceux qui sont liés à l’énaction de Francisco Varela, ou encore ceux qui se rapportent aux théories de l’attachement ou de la résilience. J’ai beaucoup aimé la manière progressive et très claire dont chaque concept-clef est présenté, ainsi que la façon discrète et efficace d’illustrer fréquemment le propos par un petit exemple, facilement intelligible, qui incarne le sens d’un concept et prépare à lier de manière fonctionnelle théorie et applications. J’ai noté en particulier, en suivant le rôle de la référence à l’action, comment les auteurs font, dès le début, percevoir le rôle constructif des petits exercices qu’ils peuvent être conduits à proposer, et qui engagent un changement modeste, mais un changement qui s’inscrit déjà à l’actif d’une transformation en profondeur : un changement dans l’agir. Bien sûr, les autres étapes de l’ouvrage détaillent les aspects techniques et amplifient les exemples thérapeutiques. Mais cette première partie reflète de manière exemplaire, les perceptibles qualités de soin, d’attention, de proposition respectueuse, effectivement mobilisées par la pratique des thérapeutes.

Je suis en résonance intellectuelle et sensible avec beaucoup de points abordés : le primat de la référence à l’action ; l’intérêt qu’il y a à s’informer de manière spécifique de la façon dont le patient agit dans telle ou telle situation ; l’importance du contrat de communication pour bien faire entendre à l’autre que le thérapeute propose, qu’il n’est pas là pour forcer la main, ni pour prescrire ou commander, mais pour écouter et respecter les limites que l’autre pose, tout en cherchant à l’aider à faire le meilleur choix possible, y compris éventuellement, celui de dépasser ces limites.

Un des fils conducteurs qui traverse le livre est celui du mouvement de l’explicitation.Dès le début, il est présent sans être mentionné en tant que tel, ce qui est le cas dans la seconde partie. Je suis très heureux que les outils d’aide à l’explicitation que j’ai développés soient repris dans ce contexte, et qu’ils aient donné lieu à des usages nouveaux, qui ne déforment pas les idées initiales mais bien au contraire vont au-delà, de manière originale,portés par le mouvement de formalisation de la pratique conduit par nos deux thérapeutes.Ainsi, cette pratique des auteurs-thérapeutes les a amenés à développer de manière très originale un entretien d’explicitation de l’attachement. De ce fait, ils répondent avec leur ouvrage à de nombreuses questions que des praticiens se posent : comment peuvent s’intégrer les outils et les postures de l’entretien d’explicitation dans la clinique ? Peut-on articuler la précision de la description du vécu passé que cherche à produire l’explicitation avec les stratégies d’intervention beaucoup plus diverses, propres aux démarches thérapeutiques. Tous ceux qui sont intéressés par ces questions trouveront des réponses dans les réflexions et les exemples présentés dans cet ouvrage. Il me semble clair que ce livre intéressera les professionnels ; mais il est aussi une ouverture tout à fait accessible au grand public pour qu’il s’informe et expérimente directement la pertinence du dialogue constructif. Il y trouvera une pratique qui ne cherche pas à répondre au pourquoi, ni à la volonté de reconstituer toute l’histoire de la personne pour trouver des causes lointaines aux difficultés actuelles. Le propos est apparemment plus modeste : s’informer par l’explicitation, proposer de petites expériences, et s’intéresser au comment mieux être de manière pragmatique et très subtile. Cette modestie apparente vise un but majeur, induire le plus tôt possible des transformations positives accessibles aux patients.

La suite de l’ouvrage amène de nombreuses précisions techniques sur la conduite du dialogue constructif, ainsi que l’exposé d’exemples détaillés dans la dernière partie. Mais l’art des auteurs est d’avoir su faire percevoir des éléments de leurs techniques dès la présentation des fondations et sans attendre un développement en règle qui vient ultérieurement. De même, s’il est vrai que la troisième partie est consacrée à la présentation des cas de thérapie, la référence à la pratique est constamment illustrée par des exemples,toujours ancrés dans des situations que l’on peut appréhender aisément, et cela facilite la lecture de l’ouvrage.

C’est tout au long de l’ouvrage que l’on apprendra à goûter la délicatesse précise de ce que recouvre le qualificatif de constructif. Et même en ces jours où je le relis encore pou récrire cette préface, je ne cesse de découvrir avec émotion toute cette finesse, présente dans la conception de l’ouvrage et au cœur même de son écriture. Si vous voulez déjà apercevoir ce que vaut le dialogue constructif, vous en aurez une bonne intuition dans la manière dont les auteurs nous font entrer en dialogue avec eux à partir de leur livre. Et si finalement, ce n’était pas un livre que je lisais ? Et si tout simplement au fil des pages, j’étais venu m’asseoir auprès d’eux, sur le banc, dans le jardin ? Alors, avec plaisir, je vous inviterais à venir m’y rejoindre, à nous y rejoindre.

Pierre Vermersch

Saint Eble, le 19 février 2006

Table des matières

Introduction

Première partie : LA DEMARCHE CONSTRUCTIVE

CHAPITRE 1 : Fondements d’une nouvelle pratique : le dialogue constructif et la thérapie par l’action.

• 1. Principe de cohérence.
• 2. Principe de corporéité.
• 3. Principe d’énaction.
• 4. Principe d’équilibration.

CHAPITRE 2 : L’inscription de l’action dans le réel.

• 1. L’énaction du monde.
• 2. L’action, moteur du développement.
• 3. Action et culture.
• 4. Le malentendu mène-t-il le monde ?
• 5. Qui fait le moins pourra peut-être plus.

CHAPITRE 3 : La cohérence.

• 1. Cohérence et neurosciences.
• 2. La cohérence, résultat et facteur des processus d’équilibration.
• 3. Cohérence et énaction.

CHAPITRE 4 : Le dessein – « Il disegno ».

• 1. Nous avons dit : « contre-habituel !»
• 2. A qui « profite » le système ?
• 3. Une autre dimension.

CHAPITRE 5 : Liens d’attachement et dialogue constructif.

• 1. L’évolution de la théorie de l’attachement.
• 2. Modèles internes d’attachement et thérapie constructive.
• 3. L’explicitation des attachements.

Deuxième partie : LE DIALOGUE CONSTRUCTIF

CHAPITRE 1 : Le Cadre relationnel constructif.

• 1. Le contenu.
• 2. Le contenant.
• 3. La relation.

CHAPITRE 2 : La position du thérapeute constructif.

• 1. En guise d’illustration et d’explicitation “ brève“.
• 2. Un cadre relationnel pour accueillir.
• 3. « Précautions d’emploi ».

CHAPITRE 3 : L’explicitation au centre du dialogue constructif.

• 1. Le contrat de communication.
• 2. Explicitation et évocation de l’action
• 3. Contourner les obstacles au dialogue constructif.
• 4. La fragmentation de l’action et la cohérence de la personne.

CHAPITRE 4 : L’explicitation des modèles d’attachement.

• 1. Contexte de l’enfance.
• 2. Atmosphère familiale.
• 3. Aspect intergénérationnel.
• 4. La relation spécifique à chacune des figures d’attachement ?
• 5. Des situations particulières.
• 6. Situations agréables, joyeuses, affectivement positives.
• 7. Situations relatives aux liens d’attachement actuels.

Troisième partie : DIALOGUER ET AGIR : Le dialogue est action et ouvre sur l’action.

CHAPITRE 1 : La rencontre à deux.

• 1. La prise de contact, acte fondateur.
• 2. Evoquer ou comment convoquer et se réapproprier son passé.
• 3. Le dialogue comme propédeutique d’accès au ressenti.
• 4. Avancées vers le futur.
• 5. Une tâche créée pour chacun, afin qu’il fasse son chemin.

CHAPITRE 2 : Des interventions familiales constructives

• 1. La cohérence familiale.
• 2. Les principes d’intervention.
• 3. Spécificité du cadre relationnel à l’usage des famille
• 4. Les rapports parents/enfants.

– CONCLUSION

– NOTES

– BIBLIOGRAPHIE

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